D’abord, pour commencer, je vous propose une petite devinette : qui a écrit ceci ?... « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toutes leurs possessions, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre que leurs parents ont conquis ».
Nous y sommes presque !... Alors, dites-moi, qui a déclaré cela ? Marx, Lénine, Mélanchon, Eva Joly ?... Et bien non, il s’agit de : Thomas Jefferson, 3e président des Etats-Unis (de 1801 à 1809), qui pourtant ne connaissait encore rien (heureux homme) des agissements des financiers de Wall Street et des fantoches en pardessus démocratique de Goldman Sachs qui désormais président à nos destinées! Ne soyons pas naïfs : aucune économie moderne ne peut aujourd’hui se passer des banques mais peut-être la banque est-elle une affaire trop sérieuse pour être confiée aux banquiers !
Revenons en France. Je ne sais pas si vous avez suivi le psychodrame qui a opposé la semaine dernière Europe-Ecologie-les Verts au Parti Socialiste, et mis Madame Eva Joly à bout de nerfs tandis que le nuage de Fukushima et la moustache de José Bové (éternel ambassadeur des litiges) ne faisaient qu’aggraver les dissensions et envenimer les débats. Rappelons les faits. On sait que les Verts veulent à tout prix sortir du nucléaire : c’est même le seul point (avec le colin froid mayonnaise bio et les carottes vapeur) sur lequel ils sont unanimes, c’est du moins ce qu’on croyait ! C’était, semblait-t-il, une condition préalable - non-négociable - à tout accord poltique avec le P.S. qui, de son côté, préconise assez tièdement une réduction (d’environ 50 à 75% d’ici 2025) de la part de l’atome dans la production d’électricité.
Les Verts ont d’abord cédé avant de poser une nouvelle condition : l’arrêt immédiat du chantier de l’EPR de Flamanville! Non mais !... Un accord a donc été signé par Martine Aubry et Cécile Duflot (qui sont plutôt bonnes copines), le 15 novembre. Le lendemain, c’est le drame. Les agents du PS ont traîtreusement raturé un paragraphe (pas anodin du tout) concernant (je cite) « la reconversion
du combustible nucléaire MOX » - une vraie saloperie selon les Verts, mais non, ce n’est rien du tout répond AREVA... On est au bord de la rupture. Et puis pouf ! on nous annonce que tout va bien et qu’on s’est mis à nouveau d’accord ! D’accord, c’est d’accord, mais quel genre d’accord ? « Ce
n’est pas un accord gouvernemental mais un pacte de coalition majoritaire parlementaire », déclare Cécile Duflot (sans rire des micmacs et des manigances que sa phrase cache). Et maintenant ? Quid de l’EPR de Flamanville et du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes (auquel les Verts sont farouchement opposés) ? On ne sait. On sait juste qu’ils gagneraient 25 à 30 députés aux prochaines législatives (aujourd’hui, ils n’en ont que 4) et qu’Eva Joly est un peu et même très fâchée !...
Ah, c’est compliqué, les Verts ! Eux-mêmes ne sont-ils pas profondément divisés ? Comment s’y retrouver dans cette famille ? Il y a les féministes, les végétariens, les régionalistes, les écopacifistes, les fédécolos (pro-européens), les anti-fédécolos (pas du tout européens), les tiers-mondistes, sans oublier les carpes (qui sont plutôt progressistes) et les lapins (qui sont franchement réactionnaires). Et puis, au sein de chacune de ces tendances, il y a, comme partout, les rêveurs et les ambitieux, les cyniques et les sentimentaux, les utopistes et les réalistes. Il y a ceux qui trouvent que le capitalisme, c’est pas si mal finalement (comme Daniel Cohn-Bendit), ceux qui croient que l’écologie politique doit s’appuyer sur la science (comme Alain Lipietz), ceux qui veulent des places (comme Cécile Duflot), ceux qui voudraient prendre de la hauteur (comme Eva Joly), ceux qui en ont déjà pris (comme Nicolas Hulot). C’est une ingouvernable pétaudière!
Heureusement, pour nous éclairer, il y a le poète Henri Michaux J’ai trouvé grâce à lui une explication lumineuse (enfin presque) des tendances qui s’opposent à l’intérieur du parti Europe-Ecologie-les Verts. Il les appelle les « Ouménés de Bonnada ». Son approche, vous allez voir, est ethnologique et elle est d’une très grande précision. Voici :
« Les Ouménés de Bonnada ont pour désagréables voisins les Nippos de Pommédé. De leur côté, les Nibbonis de Bonnaris s’entendent soit avec les Nippos de Pommédé, soit avec les Rijabons de Carabule pour amorcer une menace contre les Ouménés de Bonnada, après naturellement s’être alliés avec les Bitules de Rotrarque, ou après avoir momentanément, par engagements secrets, neutralisé les Rijobettes de Biliguette qui sont situés sur le flanc des Kolvites de Beulet qui couvrent le pays des Ouménés de Bonnada et la partie nord-ouest du turitaire des Nippos de Pommédé, au-delà des Prochus d’Osteboule (je ne vous apprends rien). La situation naturellement ne se présente pas toujours d’une façon aussi simple, car les Ouménés de Bonnada sont traversés eux-mêmes par quatre courants : celui des Dohommédés de Bonnada, celui des Odobommédés de Bonnada qu’il ne faut pas confondre avec les Orodommédés de Bonnada et, enfin, celui des Dovoboddémonédés
de Bonnada.
Ces courants d’opinion se contrecarrent et se subdivisent, comme on pense bien, suivant les circonstances, si bien que l’opinion des Dovoboddémonédés de Bonnada n’est qu’une opinion moyenne et l’on ne trouverait sûrement pas dix Dovoboddémonédés qui la partagent et peut-être pas trois, quoiqu’ils acceptent de s’y tenir quelques instants pour la facilité, non certes du gouvernement, mais du recensement des opinions qui se fait trois fois par jour, quoique selon certains ce soit trop peu même pour une simple indication, tandis que, selon d’autres, peut-être
utopistes, le recensement de l’opinion du matin et de celle du soir serait pratiquement suffisant. Il y a aussi des opinions franchement d’opposition, en dehors des Odobommédés. (Eh oui !) Ce sont celles des Rodobodébommédés, avec lesquels aucun accord n’a pu jamais se faire, sauf naturellement sur le droit à la discussion, dont ils usent plus abondamment que n’importe quelle autre fraction des Ouménés de Bonnada. »
Et Cohn-Bendit, me direz-vous, dans cette cacophonie, où le situer ? Rien à voir. Cohn-Bendit n’est pas un Ouméné de Bonnada. Il est originaire de la Grande Garabagne ». Henri Michaux lui consacre un chapitre particulier. Il nous dit de lui : « …difficile à duper car, feignant de ne pas comprendre, il demandait continuellement un exposé plus simple et encore plus simple, jusqu’à ce qu’on lui donnât la formule même de la vérité, ou un pur mensonge, ce qu’il voyait parfaitement ; il vous clouait alors le bec d’un mot crapuleux ». Michaux l’observe longuement et s’étonne de sa mystérieuse longévité (probablement lié à un régime alimentaire très strict, à base de Kartoffeln-purée et de vin rouge) : « Haï par les grands qu’il heurtait constamment, nous dit Michaux, téméraire dans le je-m’enfichisme, sans escorte, sans gardes, dormant avec deux ou trois femmes, prises selon sa fantaisie, comment ne fut-il pas poignardé dès le lendemain de son intronisation ?
C’est un miracle ». Mais là, Michaux s’est trompé : ce n’est pas Cohn-Bendit qui fut intronisé comme candidat des Verts (et c’est pour cela qu’il est encore bien vivant). C’est Eva Joly qui devint reine mais l’on voit bien, la pauvrette, que la couronne pèse sur son front.
Henri Michaux a étudié les mœurs de bien d’autres peuplades : les Floriquets (qui sont des traîtres), les Cirridents (qui sont diplomates) et les Ourledous qui sont plutôt de droite : « Ils l’emportent, nous dit Michaux, par leur patience, leur prudente administration, et savent diriger et endormir quand il le faut, comme des riches qu’ils ont toujours été Ils ne combattent pas eux-mêmes, mais possèdent des mercenaires en grandes armées. Leurs alliés, les Effrates, sont de toutes les bagarres ». On sent que Michaux ne les aime pas, non plus que les Epelis qui sont plutôt des sociaux-démocrates. Vous connaissez les Epelis ?... « Les Epelis commencent par envoyer leurs
enfants à l’école de droiture. Sans insister. Ceux qui n’y réussissent pas sont envoyés à l’école des traîtres. Le grand nombre. En effet ce peuple faible ne peut réussir au-dehors que par traîtrise. Mais ils ne veulent pas forcer les vocations et commencent par enseigner aux enfants les choses selon la sincérité. C’était un risque en somme. Mais ils le prennent, confiants dans la duplicité
de la nature humaine ».
Michaux (qui n’est pas un mou) préfèrent les Bordètes parce que, dit-il, « les commerçants y sont mis à mort, cette race abjecte étant capable de tout ». Il a aussi un faible pour les Carasques des hauts-plateaux qui sont très pauvres et dont les chants sont très mélancoliques tandis que leurs voisins, les Ourgouilles, s’empiffrent, n’ont souci de rien et vivent sans rien faire. C’est à force de toucher le RMI qui fait des ravages parmi les Ourgouilles, comme l’alcool jadis parmi les Peaux-Rouges. Comme le dit notre président, il était temps que cela cesse !
Références. « Voyage en Grande Garabagne » et « Face aux Verrous » d’Henri Michaux (Gallimard, collection « Blanche » ou « Œuvres Complètes » dans La Pléiade). Cette chronique a été
diffusée dans l’émission « Pas la peine de crier » sur France-Culture, le 22 novembre.
Bonjour à tous. Je suis allée visiter le Salon du livre de Montréal (Place Bonaventure) il y a peu de temps. C'était génial. J'y ai fait des découvertes sensationnelles.
Pour en revenir au web.
J'ai lu quelque part : "Vous êtes une personne suffisamment équilibrée et solide pour vous adapter à l’autre dans le but de le mettre à l’aise, le temps d’une conversation."
En fait, je trouve que cette affirmation correspond aussi à l'écrivain. Ce dernier doit avoir, lui aussi, la faculté de s'adapter à ses lecteurs sans risquer de tomber dans l'hypocrisie littéraire. Il y a tellement de beaux livres à découvrir. Le Temps des Fêtes approche rapidement. J’en profite pour choisir les cadeaux que je vais offrir. Vous avez lu dans mes pensées... cette année j’offre des livres à ma famille et mes amis.
J’ai réfléchi à ceci : offrir des BD aux adultes et de petits romans légers au plus jeunes. Bien entendu, c’est une période de détente et je désire ouvrir l’imaginaire de ceux que j’aime. Qu’en pensez-vous ?
Merci pour votre blog.
Rédigé par : Faire un roman | 24/11/2011 à 14:20